Burn-out épisode 2: et quoi maintenant?

Je vous avais promis une suite, désolée de vous avoir laissé attendre, il m’aura fallu près de quatre mois pour reprendre le clavier et vous faire part de la suite de mon expérience, c’est aussi ça le burn-out. Dans l’article précédent, je vous expliquais comment j’en étais arrivée là, et combien il est important de s’occuper de son bien-être personnel et d’écouter son corps à tout instant afin de rester, autant que possible, aligné avec soi-même.

La connaissance du phénomène d’épuisement professionnel et de son mécanisme ne prémunit en rien une personne de le vivre, même si ça peut aider à le dépasser:  dépister les autres, et prendre action pour soi-même, accompagné d’un ou plusieurs professionnels de la santé, une fois passée la phase de déni.

Les autres à ce moment nous donnent des informations importantes sur nous-même, ils nous renvoient le reflet d’un miroir. Comme ça a été le cas pour moi, combien de personnes qui vivent ou ont vécu un burn-out m’ont relaté que c’est suite à la réaction, insistante, impérative parfois, d’une personne bienveillante de leur entourage, un collègue, un proche, un professionnel de la santé qu’ils ont pris conscience qu’il y avait quelque chose qui clochait, bien plus qu’un « coup de mou passager, je suis fatiguée, ça va aller ».

Sortir les aérofreins…!

Car la descente s’amorce, puis s’accélère, la chute dans un abîme qui semble sans fond. Jusqu’à ce que, finalement, on trouve le courage, souvent aidé par son entourage, de sortir les aérofreins.  J’ai choisi cette image à dessein, car les aérofreins permettent de perdre de la vitesse, de ralentir, on continue à descendre, mais moins vite.

Sortir les aérofreins, c’est prendre conscience de la situation, aller voir un médecin, et accepter d’écouter ses recommandations, même si à ce moment précis elles ne nous arrangent pas. Ce n’est en effet le bon moment pour personne d’arrêter brutalement ses activités professionnelles pour une période indéterminée, de faire face à l’incertitude et à une diminution de revenus. Parce qu’au début, freiner pour ralentir revient à décider de se mettre dans une situation encore plus inconfortable, pense-t-on, que l’enfer qu’on est en train de vivre, sans pouvoir accéder à ses ressources. Le courage, c’est aussi accepter de se savoir vulnérable. Plus facile à dire qu’à faire.

Oui mais. Et mes collègues? Et mes clients? Pire que ça. Et ma famille? Et mes enfants? Comment pourraient-ils faire sans moi? Comme il est valorisant n’est-ce pas d’être le pilier de son entreprise et/ou de sa famille, de penser que sans nous tout s’effondrera… Et bien, c’est placer le débat sur un terrain bien décevant, et stérile, malheureusement. Car, aussi flatteur que ce puisse-t-être pour notre égo, l’expérience nous montre, à nos dépends, que le monde continue de tourner sans nous, et ce même si on ne s’échine plus à le faire tourner « comme il faut ».

Faut-il dès lors en conclure que notre impact sur notre monde n’existe pas? Ce serait aller bien vite en besogne, nous y reviendrons. Pour l’heure, accepter de ne RIEN faire est un premier jalon qu’il nous faut accepter pour pouvoir envisager d’aller mieux un jour.

« Aujourd’hui je ne fais rien, et si je n’ai pas fini, je continuerai demain. »

La vache… Comment vais-je survivre à ça? Déjà que j’ai été forcée de renoncer à mon statut de sauveuse du monde pour les autres, mais là c’est mon monde à moi qui s’effondre carrément. Je commence à réaliser combien mon identité a été construite autour du « faire » plutôt que de l' »être ». Ma capacité à faire, à réaliser des choses, sur laquelle j’ai bâti tant de choses, m’échappe. D’abord je suis épuisée, physiquement, comme une loque. Ensuite mon esprit est dans le brouillard le plus complet. Je suis submergée par mes émotions. Tout ça ne me ressemble décidément pas.

Ah bon? Mais pour me ressembler, encore faudrait-il que je me connaisse. Je réalise alors que je ne sais même plus qui je suis. Juste mon nom, inscrit sur ma carte d’identité, ma boîte au lettres, mon courrier. Je suis comme cet enfant perdu sur la plage, qui pleure seul avec son bracelet d’identification, qui ne sait pas quoi faire, juste pleurer et attendre.

Alors oui, pendant plusieurs mois, je suis restée là à ne rien faire. Ou plutôt, à me reposer d’abord et à faire uniquement des choses qui me procuraient un peu plaisir, ou à défaut, de mieux-être.

Pour moi, ça a été dormir d’abord, reprendre un rythme de sommeil correspondant à mes besoins. Faire régulièrement le point avec ma psy/coach et le médecin. Eviter les endroits bondés, le stress, les heures de pointe. Faire mes courses à l’heure des « vieux ». Me nourrir correctement. Ça a l’air de rien, mais en soi c’est déjà tout un programme. Ensuite, être en contact avec la nature, changer de décor, la campagne, la montagne m’ont fait énormément de bien. Parler de cette situation à mes proches, avec toute mon émotion, toute ma fragilité. D’abord à mes très proches, car pendant tout un moment, je n’ai vu qu’eux, je n’avais pas assez de force pour élargir le cercle. Mon compagnon, mes enfants, mes amis de toujours. Et si je pensais les connaître, maintenant je les connais encore bien mieux. Car j’ai réalisé combien ils m’aiment et combien c’est important pour eux que j’aille mieux. Cette chute vertigineuse vers les profondeurs de moi-même m’a permis de réaliser qu’ils étaient encore plus merveilleux que je ne pouvais même me l’imaginer. « C’est dans l’adversité qu’on reconnaît ses amis », rien n’a été plus vrai pour moi.

De découvertes en redécouvertes.

Une fois bien reposée, petit à petit, l’envie m’a repris d’élargir le cercle, d’essayer de nouvelles activités, compatibles avec mon niveau d’énergie, très fluctuant d’un jour à l’autre. Comme on ne devient pas adulte en un jour, on ne remonte pas la pente en se réveillant un matin et se disant brutalement que ça va mieux, il y a des hauts et des bas. Des hauts qui donnent une impression d’euphorie, tant on avait oublié la sensation grisante d’être bien. Des bas douloureux, qui rappellent que l’édifice bâti est encore chancelant, majestueux mais méritant encore que l’on s’y attarde pour y apporter des consolidations bien nécessaires.

J’aime l’image des poupées lestées de plomb, elles représentent pour moi comment être centré. Plus on ajoute du plomb, de l’estime de soi, plus il est difficile de les déstabiliser, et si ça devait être le cas, plus elles reviennent rapidement à leur position de départ.

Faire des choses qu’on aime, prendre soin de soi, découvrir sa valeur intrinsèque, s’autoriser à être égoïste parfois, écouter son corps et son intuition toujours, laisser libre cours à sa créativité, voilà qui est indispensable pour nourrir son estime personnelle.

Chez moi ça passe par le contact avec la nature, le soin aux plantes, aux animaux. Le froid de la neige, la fraîcheur de la pluie, la chaleur du soleil, la douceur du vent, la force de la mer, le chatoiement de la lumière, l’explosion des couleurs… Dans la vie, ou sur une toile ou une feuille de papier. Ainsi, peindre, dessiner, écrire sont mes petits plaisirs à moi qui s’ajoutent à d’autres petits plaisirs. M’autoriser à m’arrêter dans un endroit qui me plaît, l’observer, éventuellement le prendre en photo. Acheter un jus de fruits ou une glace et prendre le temps de l’apprécier. Me promener sans but, juste pour marcher dans la neige. Marcher les pieds nus dans l’herbe. Prendre un bain parfumé.

Mais aussi, rencontrer les personnes qui me donnent du plaisir à échanger avec elles. Voir moins, voire pas du tout, celles qui m’épuisent. Cuisiner, essayer de nouvelles recettes. Accepter de me laisser embarquer dans des activités nouvelles par mes amis, ils se reconnaîtront.

Non pas que j’ignorais aimer ces activités, simples en somme, mais j’avais comme oublié de m’interroger sur ce que j’aimais vraiment ou non, tout enfermée que j’étais dans mon « sens du devoir ». Alors bien entendu, certaines contraintes subsistent, mais elles sont bien plus faciles à vivre lorsqu’on sait pourquoi elles existent et pourquoi on a fait ce choix, en toute conscience, et aussi lorsqu’on a l’occasion par ailleurs de recharger les batteries en faisant des choses agréables pour nous, qui nous ressourcent.

Et le travail dans tout ça?

Oui, le travail, parlons-en. Car le burn-out (ou épuisement professionnel) est caractérisé par son lien étroit avec le travail, c’est en effet un dysfonctionnement directement lié au travail. Un dysfonctionnement dont les causes sont multifactorielles, certaines internes, directement liées à la personne qui en souffre, d’autres externes, liées à l’environnement de travail, même s’il est évident que certains environnements de travail toxiques, trop nombreux malheureusement, rendent difficile, voire impossible, tout épanouissement personnel.

C’est ce lien duquel découle la première action indispensable pour commencer à aller mieux, se retirer du milieu professionnel pour un certain temps. Mais pour guérir véritablement, il sera nécessaire de recommencer à travailler.

Dans un prochain article, je partagerai avec vous mon expérience à l’heure de reprendre le travail, et le chemin de préparation avant d’y arriver.

D’ici là portez-vous bien, et pensez à lester votre poupée, chaque jour, avec des activités qui vous procurent du plaisir.

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