« Zèbres », surefficients et autres HP

Un article de plus sur un sujet que certains voient comme un phénomène de mode?

Vu récemment sur les réseaux sociaux: « Non, ton enfant n’est pas HP, il est juste mal élevé ».

J’aimerais ici partager avec vous mes pensées autour de cette particularité dont on parle beaucoup et qui reste malgré tout globalement incomprise. Surtout pour les personnes qui le vivent, tant les adultes (qu’on repère moins vite) que les enfants. A vrai dire, la phrase que j’ai relevée ci-dessus, est une des pires je pense qu’un HP ou parent de HP (on combine souvent d’ailleurs, c’est comme ça…) puisse se prendre dans la figure. Jusque là, il pensait avoir trouvé un interlocuteur qui comprenait ses particularités, ce cadeau parfois formidable mais parfois aussi encombrant, et d’un coup il comprend qu’en réalité la personne en face ne comprend pas ses besoins, ses attentes, sa souffrance parfois.

Une vie de doutes et de malentendus

Elle ne comprend pas sa vie, ses tentatives d’être compris par les autres malgré une profonde compréhension du monde qui l’entoure. Ses tentatives aussi d’être aimé pour ce qu’il est, sans être jugé, raillé, moqué parce que lui « il sait toujours tout mieux que les autres ».

Non, il ne sait pas tout, et d’ailleurs il en a conscience peut-être plus que n’importe qui, parce que son compagnon de vie, c’est le doute. Le doute et la volonté de bien faire, avant tout.

Quand on comprend vite, quand on voit ce qu’il conviendrait de faire dans une situation, sans pour autant pouvoir expliquer les étapes de son raisonnement, il est difficile de convaincre les autres que ce serait la meilleure voie. Difficile de convaincre, difficile ne pas avoir l’air suffisant « quand il ramène sa science », difficile ensuite d’accepter de pas être suivi, car c’est en fait souvent le cas. Et là le doute, qui est omniprésent, se renforce encore. Comment rester assertif (être dans l’affirmation de soi) quand il se heurte fréquemment au mur de l’incompréhension?

Le monde version XXL

Et bien parce que les personnes HP, sur-efficients mentaux, surdoués ou zèbres comme on les appelle ont, au delà de leur exceptionnelle intuition qui les pousse à avancer, généralement d’autres qualités qui ne se voient pas forcément au premier regard: l’opiniâtreté (liée à une certaine tendance au perfectionnisme il faut l’avouer) et un cœur gros comme ça (l’amour de son prochain, l’hypersensibilité et la bienveillance si ça vous parle plus, avec une pointe de naïveté et d’idéalisme).

La pensée globale

Comment on découvre qu’on est HP? Et bien, en fait, probablement on ne le découvre pas, on l’a toujours su quelque part. On a été un enfant différent, avec un monde intérieur riche, parfumé et coloré, plein de mots, de rêves et de concepts. Un monde de possibilités, un monde où les idées se donnent la main, se rencontrent et s’aiment, puis donnent naissance à des tas d’autres petites idées qui elles-mêmes…

Voilà, vous avez compris le concept de la pensée globale, en arborescence, caractéristique de ces personnes. Elles pensent vite, très vite. Parfois trop ou trop vite pensent-elles d’ailleurs. Et leur pensée ne peut faire autrement que faire des liens entre des choses qui n’ont à première vue aucun lien. Cette pensée globale, intuitive et holistique est irrépressible, elle ne s’arrête jamais. Imaginez que jour et nuit vous pensiez et faites des liens, que vous pouvez suivre plusieurs conversations en parallèle, que pendant ce temps-là vous pensez à ce que vous allez faire demain, à ce que vous inspire le décor, aux bruits, aux odeurs, aux couleurs.

La synesthésie et l’hyperesthésie

Parfois, ces personnes sont également synesthésiques (ce qui signifie que la perception selon un des sens s’exprime dans un autre. Par exemple, ils peuvent voir les chiffres, les jours en couleurs, ou selon une projection mentale dans l’espace qui leur est propre. Il peuvent sentir les couleurs, elles peuvent avoir un température ou une odeur. Ils peuvent parfois voir la musique, ou inversément.)

Sans forcément être synesthésique, les HP sont hyperesthésiques, c’est à dire hypersensibles, avec une acuité visuelle, auditive, tactile et/ou olfactive supérieure à la normale. Ca peut évidemment être un énorme avantage dans la perception de son environnement (puisque plus de signaux sont perçus et plus fortement, ils perçoivent mieux que la moyenne), et combiné à la faculté de faire des liens rapidement, ça donne une impression parfois de 6ème sens, de perception un peu surnaturelle, mutuellement renforcée par l’intuition. Ca peut au contraire être un très grand désavantage, car tout est perçu, plus fort (parfois jusqu’à la douleur ou de manière insupportable) et selon tous les canaux en même temps, sans aucun filtre. Imaginez-vous dans un brouhaha constant où vous êtes bombardés en permanence de sensations diverses vous assaillant tous azimuts. Difficile de faire le tri, et surtout de ne pas être épuisé par un processeur qui traite sans jamais s’arrêter, à très grande vitesse, de nombreuses informations. Si puissant puisse être ce processeur, il risque la surchauffe.

L’apport des neurosciences

Revenons-en au point de départ de mon propos, les HP sont-ils un phénomène de mode? Y en-t-il plus qu’avant, vu qu’on en parle partout (ainsi que de leurs petits amis le TDA(H), voire les Asperger). Chaque parent revendique-t-il le sien?

Probablement pas. Par contre les avancées dans l’étude du fonctionnement du cerveau humain ont permis de mieux comprendre ces différences de fonctionnement. L’intérêt pour les sciences de l’éducation, l’éducation positive, et la recherche du bien-être des individus a également apporté de l’attention et de l’éclairage à ces personnes différentes, donc les capacités hors du commun fascinent.

Donner une place aux enfants, et adultes, différents par leur fonctionnement, s’interroger sur comment les intégrer au mieux dans notre monde, à l’école, au travail, est-ce pour autant être laxiste, ou faire des enfants « mal élevés »?

Le monde des émotions

A côté de la pensée globale, des sens sur-développés, les enfants HP restent des enfants, et les adultes des enfants qui ont grandi avec les moyens du bord d’un point de vue émotionnel.

Bien sûr les parents d’autrefois ont souvent compris que leur enfant avait des capacités particulières, mais sans le recul que peut apporter la connaissance récente en termes de neurosciences ou d’éducation positive. Alors tant qu’il travaillait bien à l’école, tout allait bien. Certains ont fait preuve d’une adaptation remarquable durant les études et dans le monde du travail.

A l’intérieur cependant, un tourbillon émotionnel a dû être géré et des mécanismes mis en place afin de ne pas trop souffrir de la différence de vivre à fleur de peau et d’avoir parfois, souvent, des pensées et des propos considérés comme inappropriés par ses pairs et son entourage.

Coaching et développement personnel

Il est possible aujourd’hui de vivre pleinement son potentiel, quel qu’il soit, haut ou pas, en apprenant à mobiliser et utiliser ses meilleures ressources, et de se défaire des mécanismes de défense devenus obsolètes et limitants dans la réalisation des objectifs personnels et professionnels.

C’est modestement que j’aimerais partager avec vous cette expérience à travers ce blog et mes activités de life coaching.

Quelques lectures pour aller plus loin

« Je pense trop » par Christel Petitcollin

Un livre percutant dans le style pragmatique et direct de l’auteur, une vraie révélation. Suivi par « Je pense mieux ».

« Trop intelligent pour être heureux? » par Jeanne Siaud-Facchin

Ici on parlera de sensibilité, et de pistes sur comment prendre sa place dans ce monde malgré les décalages perceptifs et sensoriels.

« Adultes sensibles et doués » par Arielle Adda

L’auteur explore ici les particularités de l’adulte doué, en particulier dans le contexte professionnel.

« Le drame de l’enfant doué » par Alice Miller

Une réflexion sur ces enfants devenus grands. Avec les liens au corps et à la somatisation chers à l’auteur.

2 Comments

  1. Tout simplement merveilleux cet article, Natacha, comme toi, d’ailleurs. Suis heureuse d’avoir boosté modestement, grâce au test « Strenghtfinder  » , ta confiance en ton plein potentiel, au printemps dernier…
    Quel chemin parcouru !!
    France

    1. Merci! 😉

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