Des vertus de l’impatience

Si les vertus de la patience sont vantées à nos chères têtes blondes depuis le plus jeune âge, il est bien plus rare d’encourager l’impatience, qui est parfois vue comme un signe d’immaturité.

L’impatience, comme la colère qui l’accompagne parfois, n’est cependant pas dépourvue de nombreux avantages, en particulier dans une période de changement, soit à peu près tous les jours de la vie.

Selon des recherches récentes, l’impatience serait l’expression d’une émotion qui indiquerait à la personne que ce qu’elle vit, ou ce à quoi elle consacre son temps actuellement, aurait peu d’importance pour elle et ne serait pas en accord avec ses valeurs.

L’impatience et nos émotions

En réalité, l’impatience, et son degré d’urgence, nous indique à quel point nous sommes ici et nous voudrions être ailleurs, plus avant, dans l’espace et dans le temps. Bien utilisée, elle est un moteur puissant de changement, au même titre que la dite colère. Il convient de distinguer l’impatience de l’impulsivité. L’impulsivité nous pousse à nous déconnecter du présent, de nos sensations, en nous précipitant vers l’action, irréfléchie. L’impatience sait où elle veut aller, où elle voudrait être, et ce qui n’est pas, ou pas encore aujourd’hui, elle poursuit un but précis. Je suis impatiente de retrouver mon jardin ce WE, mes enfants ce soir, mon bain et un bon livre tout à l’heure. Parce qu’ici et maintenant, j’ai parfois le sentiment de vaquer à des occupations qui ne sont pas vraiment en ligne avec mes valeurs, j’ai l’impression de perdre mon temps.

Il y a l’impatience frustrée du « éviter de » qui demande d’être apprivoisée mais aussi l’impatience pleine de promesses du « aller vers » qui nous pousse dans le dos vers les étoiles.

Une patience lisse qui arrange tout le monde, ou presque

« Patience: forme mineure de désespoir, déguisée en vertu. » (Ambrose Bierce, écrivain et journaliste US)

Pourquoi alors dévaloriser l’impatience en faveur de la patience? Si nous sommes honnêtes avec nous-mêmes un instant, reconnaissons qu’il est bien plus simple de gérer des enfants et des adultes patients qui n’aspirent pas au changement, ou qui l’attendent sans broncher, qui n’ont pas de revendications fortes ou bruyantes, car ces dernières pourraient sévèrement remettre en question l’ordre établi. Et c’est un peu cette démarche que la Société et l’école, puis l’entreprise comme son prolongement, nous enseignent, voire nous imposent, non pas pour favoriser l’intérêt et le développement des individus comme elles peuvent l’annoncer dans leurs prospectus publicitaires mais pour faire en sorte que l’institution en elle-même soit plus facile à gérer et pérenne, ce qui implique de lisser les caractéristiques individuelles pour écarter les écueils qui en découleraient.

La différence est une richesse. J’en suis personnellement convaincue, et chaque différence, chaque rencontre est pour moi source de nouvelles idées et d’acquisition de nouvelle connaissance, l’ouverture d’un monde de nouvelles possibilités. Se sent-on pourtant bien quand on est différent? Hélas, non, la place faite aux caractères individuels est en pratique réduite à portion congrue.

Est-il si dangereux d’être différent, d’avoir des idées, des opinions, et une forte volonté de changer le cours de sa vie et des choses? Il faut croire que oui, étant donné les efforts et la quantité d’énergie investie à gommer les différences depuis le début, à tailler les branches rebelles, à taper sur les têtes qui dépassent du rang, vers le haut, le bas ou de côté d’ailleurs, par des moyens plus ou moins persuasifs ou coercitifs.

S’éveiller à l’impatience

Parce que tout changement vers quelque chose qui est plus en ligne avec nos valeurs débute par le désir que cela change,  j’aimerais vous encourager de temps à autre à oser être impatients, à brûler de désir et de passion pour ce qui vous est cher, et à le faire savoir autour de vous. Parce que nous sommes tous des individus de valeur, différents et riches et que nous méritons la vie qui nous va avec.

Bonne et belle journée sur le chemin du changement!

2 Comments

  1. Mmmm.. Ne prêcherais-tu pas pour ta chapelle ? D’accord avec toi, l’impatience est souvent pleine de fraicheur et d’idéalisme. Cependant, il faut la patience d’écouter l autre, et de l’entendre à son rythme. D’autre part, l’ impatience n’est-elle pas source de frustrations ?

    1. Un peu sans doute, le monde n’est ni blanc ni noir, mais tout en nuances. Cependant il me semble important parfois de prendre les choses à contre-pied. La patience est une belle qualité, et l’impatience aussi, dépendant du moment et de la situation. Comme l’ordre et le désordre. Le ying et le yang. 😉

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