Je descends de la montagne…

…à bicyclette (pouet, pouet)!

Peut-être avez-vous chanté cette comptine quand vous étiez enfant ou dans les mouvements de jeunesse. Simple, gaie et entraînante comme les sont les chansons d’enfant.

On pouvait ainsi s’imaginer descendre la montagne à bicyclette, mais aussi en pyjama ou à trottinette, pour terminer dans un énorme fou rire partagé! Les situations imaginaires les plus farfelues se succédant déclenchent en effet l’hilarité!

Envisageriez-vous sérieusement de descendre de la montagne en trottinette? Au fond pourquoi pas, on voit de tout sur Youtube à notre époque.

Et bien, parfois, quand nous sommes en haut de la montagne, elle est tellement haute et impressionnante, nous avons tellement peur de tomber que nous ne savons pas comment aborder la descente. Parce que grimper sur la montagne, face à la terre, est un défi, mais redescendre face au vide n’en est pas un moins important.

Je ne suis pas une grande sportive en général mais un des sports qu’il m’est donné de pratiquer avec le plus grand plaisir est le ski alpin. Et si j’y réfléchis, la montagne et le ski m’ont donné un nombre important de leçons de vie.

Le ski se pratique en hiver, sur le manteau neigeux, dans des conditions météo particulières et changeantes, en altitude, en dehors de tout contexte familier pour chacun (sauf les montagnards évidemment). Il demande un équipement particulier, certaines aptitudes physiques, un apprentissage technique, de l’expérience.

Donc vous voici en haut de la montagne avec votre forfait remontées d’une semaine affichant la photo de votre meilleur profil, la veste et le pantalon chaud mais respirant, les bottines moulées à votre pied et doublées en pilou pour la douceur, le casque à visière pour la sécurité et le look, les skis fartés et les carres affûtées, le planté du bâton maîtrisé autant que faire se peut, le sac à dos modèle swing (qui se rabat sur le ventre sur le télésiège), les gants, les sous-gants, les chaufferettes et les barres énergétiques en poche en cas de coup dur.

C’est le matin, la journée promet d’être belle, le soleil brille, le froid vous pique les joues. Vous pensez à vos collègues restés au pays et vous mesurez votre privilège. Bref, la journée idéale.

Et là, après avoir pris un selfie devant la vallée baignée du soleil du matin, encore un peu endormie dans sa couette cotonneuse de nuages, vous vous tournez vers la pente pour entamer la descente.

Aargh! C’est haut! Y’a de la pente! Oui, c’est une rouge. Ah oui, on est à 2500m, la vue est magnifique, il fait beau mais froid. La neige est encore dure par endroit. C’est la que votre cerveau commence à se faire tous les films et où vous voyez terminer le séjour avant midi sur la civière avec les pisteurs.

Bon, on y va! J’y vais, vraiment? Oui, mais c’est haut. J’ai peur. Alors je me décide, je me lance, mais je n’ose pas prendre de vitesse. La neige crisse, le bruit sec me fait comprendre qu’il se pourrait bien qu’il y ait du verglas. Mes skis décrochent légèrement, dans un grincement sinistre, oui c’est confirmé. Je le savais! Le trouillomètre monte d’un cran, mais je reste digne, je continue ma large traversée, je tournerai plus loin.

Non, pas ici, il y a une bosse, là j’y vais, non, il y a un autre skieur. « Ca va? Oui oui ça va, j’arrive! Ben fait ton virage! Oui, oui, je vais y aller. » Et là presque à l’arrêt, face à un mur de poudreuse, je sors un virage au ralenti, presque à l’arrêt, de ma meilleure technique, et je suis dans l’autre sens, déjà épuisée. J’ai failli tomber mais je suis restée debout. Tout juste.

J’ai de la buée sur mon masque et mon cœur bat à tout rompre. Les autres sont déjà 10 mètres plus bas, ils me regardent. « Mais vas-y! Qu’est-ce que tu attends? »

Bonne question qu’est-ce que j’attends? Mes jambes tremblent, je m’accroche à la montagne, je me tiens un peu trop en arrière, je vois le vide, ça accélère et là, je le savais, je prends de la vitesse, je décroche et je me retrouve sur les fesses, beaucoup plus bas. Pas de mal heureusement, seul mon orgueil est blessé, mon masque est toujours plein de buée, je pleure de rage.

C’est alors que plutôt que de penser au verglas et à la pente, je pense que de toutes façons, je vais devoir descendre cette piste, les skis aux pieds. Quelles sont les ressources que je peux utiliser? Alors je mets mes skis en travers de la pente, comme on apprend au jardin des neiges, j’ajuste mes lunettes, je pousse sur mes bâtons et je me remets debout.

Dialogue intérieur:  « Il y a du verglas, la belle affaire. Pousse sur tes carres un peu plus, va chercher l’accroche. Et si tu décroches, et bien, laisse glisser, l’expérience te dit qu’un peu plus bas tu retrouveras l’accroche. Il y a des bosses, ça tombe bien, tu a des jambes et elles se plient, tout ce qu’il faut pour amortir le relief. Et donc comme ça, en te mettant les épaules face à la pente, en mettant le poids vers l’aval, et sur l’avant de tes skis.

Alors on n’a pas dit que ce serait facile, et c’est fatigant, mais tu peux le faire, parce que tu as toutes les ressources en toi pour gérer cette situation. »

Quand nous sommes fatigués, quand nous perdons espoir, nous nous accrochons tous à la montagne, nous avons peur d’avancer, et ça devient encore plus lent et plus pénible.

Ce que le ski m’a appris, c’est la confiance. La confiance en moi, en mes capacités à faire face au vide. Que la montagne ne bougera pas, qu’elle ne m’aidera pas, que c’est moi qui m’aiderai si je décide non pas d’affronter la montagne comme un ennemi mais de danser avec elle comme une alliée.

Descendriez-vous de la montagne en pyjama? Peut-être pas, mais correctement équipé et formé, sur une piste à votre niveau, ou légèrement au dessus pour le challenge, pourquoi ne pas essayer? La vue est belle, le vent est doux et même s’il neige, vous pourrez toujours prendre un chocolat chaud en bas et raconter vos exploits dont vous serez fiers!

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