Retrouver l’envie d’avoir envie ou le mystère de la motivation

On a beaucoup écrit sur la motivation. Et pourtant la motivation, ce qui nous met en mouvement, reste un concept mystérieux. Différents modèles, différentes études, différentes époques, autant de tentatives de rationaliser, un peu, un concept qui reste profondément irrationnel.

Nous sommes tous capables de ressentir notre motivation, en particulier la douleur qu’elle procure quand elle est absente. Entre les secondes qui s’égrènent dans une réunion qui s’éternise et le temps qu’on ne voit pas passer quand nous sommes passionnés par notre sujet, la différence est évidente, guère besoin de grandes théories.

Qu’est-ce qui me pousse à faire une chose plutôt qu’une autre, quelle est cette force qui me fait déplacer des montagnes avec ardeur, et surmonter tous les écueils que je pourrais rencontrer en chemin? Comment trouver, retrouver ou entretenir le cœur à l’ouvrage?

Les valeurs

Un premier angle de lecture possible s’appréhende par le spectre des besoins et des valeurs. Ma mise en mouvement, ma motivation, va en effet découler d’une intention positive de rencontrer, de protéger, une valeur qui a une place importante dans ma hiérarchie de valeurs. Parfois consciemment, souvent inconsciemment. Je peux vouloir aller vers quelque chose qui rencontre une ou plusieurs valeurs ou éviter autre-chose qui représente pour moi une contre-valeur.

Pour une introduction pratique aux valeurs et aux contre-valeurs, le livre « Je suis comme je suis » d’Isabelle Nazare-Aga peut constituer un bon point d’entrée et donner l’envie d’approfondir le sujet.

La question des valeurs était déjà débattue par les philosophes de l’antiquité, et l’étude se poursuit à travers les époques. La théorie des valeurs universelles de Schwartz suppose l’existence de valeurs fondamentales, communes à l’humanité, indépendamment de toute influence culturelle.

Pour avoir une idée de votre propre hiérarchie de valeurs, il existe des tests gratuits en ligne, celui-ci par exemple.

Si je prends conscience de mes valeurs personnelles, et de leur ordre d’importance, je peux me faire une idée de ce que je poursuis dans mes actions et donc avoir des indices quand à mes éléments personnels de motivation.

Le bâton et la carotte

Alors que la société post-industrielle a succédé au modèle industriel, la majorité des entreprises et des écoles du XXIè siècle fonctionnent encore principalement autour d’un système de sanction-récompense qui a pourtant démontré toutes ses limites.

Ces entreprises et ces écoles d’aujourd’hui, à la pensée d’hier, se lamentent de ne pas obtenir le niveau de motivation et donc, de performance, attendu et continuent de faire plus de ce qui ne fonctionne visiblement pas très bien. Plus de salaire variable sur objectif au travail, un contrôle accru via des processus contraignants, plus de mesures disciplinaires à l’école, des évaluations basées sur des notes ou des jugements.

En effet, s’il est aisé de lister les comportements souhaités et de mettre en place un système pour les mesurer et les récompenser d’une part (bonnes notes, bonus, avantages divers liés à a performance etc.) et d’inventorier les comportements à bannir et les sanctionner d’autre part (punition, retenue, avertissement, licenciement pour faute etc.), il est impossible à première vue d’entrer dans la tête et le cœur des individus pour comprendre ce qui les motive de manière invisible.

Si les encouragements et les récompenses aident malgré tout à se construire et à avancer, la peur de la sanction ne peut produire des résultats qu’à très court-terme. Les systèmes de récompenses, sanctions et conditionnement chères au béhaviorisme, fonctionnent donc, un peu, à court-terme et selon une amplitude finalement très limitée.

 

Motivation intrinsèque et extrinsèque

Faisant chemin dans le brouillard épais des facteurs de motivation, et de démotivation du genre humain, il est apparu que la motivation peut venir de soi (intrinsèque) ou des autres, de l’environnement (extrinsèque).

Et, oh surprise, que les choix que nous posons personnellement, venant de l’intérieur, sont beaucoup plus puissants en matière d’énergie et de motivation que les choix qui nous sont imposés par l’extérieur. Ce constat un peu trivial est détaillé dans la théorie de l’auto-détermination (TAD) de Deci et Ryan.

Pour faire un lien avec les sujets précédents, la connaissance de soi et de ses valeurs constituent donc un outil intéressant pour appréhender ses propres facteurs de motivation intrinsèque. Les renforcements, et principalement le renforcement positif, pourront ainsi agir en complément de ces derniers via la motivation extrinsèque.

 

Alors, quelle stratégie de (re)motivation?

Puisqu’il semble acquis que la motivation intrinsèque est plus puissante et plus durable, comment la susciter et l’entretenir? Chacun travaillera volontairement sur la sienne propre, mais comme parent, enseignant, manager, référent, comment créer les conditions favorables à l’émergence de celle-ci chez autrui?

Selon C. Lévy-Leboyer, on peut distinguer les 3 axes fondamentaux suivants:

Vision, sens et communication

Tout d’abord, donner une vision et un sens. Il est beaucoup plus aisé d’être motivé quand on comprend les tenants et aboutissants de la situation, quel est le but poursuivi, le comment et aussi le pourquoi. Où sommes-nous, où allons-nous et comment allons-nous nous y prendre pour y arriver.

Rien de plus démotivant en effet que cette sensation de vacuité ou d’inutilité du hamster qui court dans son rouleau sans but et qui s’épuise en vain. Quelle est la stratégie de mon entreprise, quels sont les choix qui ont été effectués, quels sont les problèmes auxquels nous faisons face et comment nous allons les appréhender, et dans quel but? A quoi sert ce cours, cette matière, ce chapitre, quelles en sont les applications pratiques dans la vie courante, pourquoi l’apprend-on, comment cela s’inscrit-il dans une perspective temporelle et de contenu plus large. Voici les questions qu’il est bon de se poser, auxquelles il est nécessaire de pouvoir répondre et, aussi et surtout, à propos desquelles il est nécessaire de communiquer abondamment, souvent, efficacement et en toute transparence.

Responsabilité et autonomie

Ensuite, nous aimons tous être acteurs de notre propre vie, d’y tenir un rôle actif, de savoir que notre action est suivie de résultats, que nous avons une influence sur ceux-ci.

Je sais que je peux faire la différence, que mon apport est important, que j’ai le pouvoir de faire changer les choses. Je suis encouragé à prendre des initiatives, dans mon périmètre de responsabilité et dans ma zone d’influence, ma créativité est récompensée.

Dans ces conditions, les travailleurs, les élèves, vous et moi, nous sommes tous évidemment prêts à mouiller notre chemise!

Développement des compétences

Enfin, il ne suffit pas de savoir l’objectif et d’en connaître le sens, puis d’avoir la conviction que notre action pourra aboutir sur un changement positif, encore faut-il avoir les compétences de le faire.

Personne ne peut rester motivé en se sentant incompétent. Il s’agit donc ici d’accompagner le développement des compétences, dans le contenu et dans la forme adaptés à l’apprenant. Formations et auto-formations de tous poils, compagnonnage, intelligence collective, les occasions d’apprendre ne manquent pas, et elles nourrissent autant cette précieuse motivation.

 

Travail = Force X Distance

En guise de conclusion, en clin d’œil à ma formation scientifique de base, la formule du travail.

En physique, le travail est le produit de la force et de la distance.

Donc, pour optimiser votre travail et vos performances, soignez et faites croître votre force, qui découle directement de votre motivation, et ce sur la distance!

Simple à retenir, n’est-ce pas? 😀

 

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